Vecteurs et relais

« N’ajoutez pas une syllabe, dit-elle avec une résolution sévère, ou vous allez me déplaire, et promenons. Lucien obéit, mais il la regardait, et elle voyait toute la peine qu’il avait à lui obéir et garder le silence. Peu à peu elle s’appuya sur son bras avec intimité… » Car l’intime utilise activement le silence, il fait parler les gestes, les regards, un sourire, un ton de voix. Les gestes plus que les mots sont vecteurs et relais d’intime : les gestes, autrement dit, réalisent l’intime et le rendent effectif, vis-à-vis de quoi la parole est bavarde et bornée. p.178-179

François Jullien
De l’intime, loin du bruyant Amour

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Logos

En quoi se vérifie, s’il le fallait encore, que l’intime n’est pas une chose grecque et même qu’il est le plus grand défi porté à l’empire du logos : parce qu’il ne se laisse pas aller à la facilité de dire et même de « tout dire », de déterminer et de croire maîtriser, mais infiltre, noue tacitement de l’assentiment, le répand et le fait cheminer.
De là cette autre conversation qui, traversant la parole ordinaire, est à la fois la plus intérieure et faisant signe vers un Dehors de ce monde, ce qui, sait-on, est le propre de l’intime. Elle provient d’infiniment plus loin en même temps qu’elle parvient tellement plus près. p.179


Champ

Mais la parole intime tout aussi bien est maniaquement répétitive : non par habitude (sclérose), mais en fonction de quelque chose qui a à voir avec le rituel. p.231


Contre-champ

En l’appelant « babil », Rousseau a caractérisé de cette parole de l’intime à la fois deux choses. D’une part, qu’elle ne dit que du futile, s’occupant de riens, mais d’autre part que ce futile, s’il n’est pas significatif, n’en est pas moins expressif : expressif d’une vitalité (comme l’est le babil des enfants), celle d’un intime réclamant ses droits et voulant faire entendre son exigence. Puisque ce qui importe est de faire passer, de l’un à l’autre, entre eux et déployant cet entre, la qualité d’un échange sans plus que celui-ci n’ait d’objet, cette parole tient sa légitimité, non pas de ce qu’elle livre un message, mais de ce qu’elle assure (rassure) de l’ « auprès » : de ce qu’elle communique, non pas une information mais de l’entente. p 233-234

François Jullien
De l’intime, loin du bruyant Amour

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Racines acquises

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Racine maternelle

Je savais bien que « Delphine » est joyeuse et heureuse, ça se voit.
Hors-champ, elle n’est pas l’éplorée et l’emmerdeuse – même si, si sensible et touchante évidemment – du Rayon vert.
Je savais bien que Le rayon vert existe.
Je savais bien que Rohmer ne pouvait que nous le donner en vrai.
Je me souviens bien de cette première rencontre avec Rohmer.
Rue Saint-André-des-Arts.
Forcément, à seize ans, les premiers émois de spectatrice.
Certes, mais quand même.
Je sens tout.
Forcément, émue aussi par cette lumière, ce décor, ces promenades, la plage du Port-vieux, ces bancs, ces vues, que je connaissais, sans savoir, par cœur.
Je ne savais pas en 1986, parisienne à corps et à cris, que j’y étais attachée intimement.
Je ne savais pas que quinze ans plus tard, ce serait le lieu d’une vie en province.
La province qui se prête à l’intime.
Je vois très bien où il est ce banc.
Juste au-dessus, il y a l’immeuble de ma grand-mère.
L’autre grand-mère.

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Racine paternelle

Pour quoi,
Pourquoi sans doute,
Je ne me lasse JAMAIS de leurs images avec Pelechian,
Liée,
Attachée,
Prise depuis le ventre,
Par leur onirisme,
Ces corps,
Ma grand-mère.

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Sayat Nova ressuscité

Sayat Nova – Paradjanov – 1969.
Difficile de se réjouir d’images censurées et pourtant quel miracle de voir ce qu’on n’avait jamais vu.
On pensait connaître ce film par cœur.
Le cœur est grand, il peut en accueillir, encore et encore.

27-09paradjanov1« Le premier récit commençait par ce plan, l’enfance du poète. »

27-09paradjanov2« En même temps que la vérité de l’esprit, il découvre la vérité de la chair, la fête d’un corps chaud. »

27-09paradjanov4« Ici, entre les murs du monastère d’Aghpat qui se dressent sur les hauteurs, il acquiert un nouveau métier, celui de prêtre.
Il baptise, il enterre, il marie. »

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Dans un jardin je suis entré

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Un film en Live, tourné en 2011.
Il insiste beaucoup sur le statut de documentaire.
Pour cause peut-être ? Pas de fiction, pas de mise en scène ?
Et puis cette scène qui tombe comme un cheveu sur la soupe.
Face à la mer, Avi Mograbi parle à son ami de sa nouvelle amoureuse.
Amour réciproque, fort, mais « impossible » ou « interdit », dit-il, je n’ai pas « retenu ».
Empêché par les frontières ethniques et religieuses.
Il « joue » mal.
Ou alors au contraire, il ne « joue » plus, il est tout simplement ému.
On ne la verra pas, ni n’en entendrons plus parler, elle et ses 42 ans (« elle n’est pas très âgée » lui dit délicatement son ami).
Et là, je me suis dit qu’en fait tout est « joué », mis en scène, sauf à cet endroit justement.
Je repense à la leçon de Close up de Abbas Kiarostami.
Mais cela n’a aucune importance.
Peu importe au fond.
Jamais je ne me sens manipulée.
Juste pour ces cinéastes, chercher, inventer les formes, les meilleures conditions pour que son spectateur soit au plus près, auprès, de ce qu’ils ont à nous raconter, faire ressentir.
Et ça « marche » bien.
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Yasmine « joue » tout le temps bien.

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Love in the afternoon

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The End

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Pourquoi sur internet les stills sont en couleur ?

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Hors-champ
Juste avant ou juste après la rivière ?
Il devait faire chaud, plus de veste ni de pull.

Billy Wilder, Audrey Hepburn, Gary Cooper, Alexandre Trauner, Paris, Le Ritz, Champagne, tzigane, valse, Fascination, 1957
Wilder n’est pourtant pas très conte de fées, mais on ne peut qu’avoir envie d’y croire.

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Vie flottante / vie ancrée

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V – Vie flottante / vie ancrée

Rencontrer l’ « autre », l’autre en tant qu’autre et que singulier : l’Autre qui, parce qu’il est d’abord perçu comme absolument extérieur, peut du même coup, par son intrusion dans notre espace intérieur, y faire surgir un plus dedans de soi ; et servir dès lors d’assise, seule fiable, à ce « soi ». Ne s’est pas réalisé, en d’autres termes, par la médiation d’un Autre se levant soudain du fond du monde et s’en détachant, d’un « autre » qui n’est plus autrui, la révélation d’un infini possible au plus intérieur de soi, d’un soi qui n’est plus limité à « soi », c’est-à-dire faisant surgir une ressource infinie dans ce nous partagé. p.80

L’humanité de l’Autre (mais celui-ci s’est-il constitué vraiment en « autre »?) se détache-t-elle si radicalement, est-elle complètement à part, au sein de cette rhapsodie continue des sensations-émotions ? Autant dire que, pour que l’intime dépasse le stade du sentiment et se promeuve en expérience faisant muter l’existence, il faudrait que s’y découvre un support, ou « sous-jacement », qui fonde la condition de possibilité du sub-jectif et de son épanchement. p.82

… dans les Six récits de la vie flottante de Shen Fu
Voici un texte qui date de la fin du XVIIIe siècle, du dernier moment par conséquent où la culture chinoise n’a pas encore subi l’influence des conceptions occidentales, et qui est composé, plus que de récit à proprement parler, de souvenirs et de notes prises « au fil des jours », s’ajoutant et s’égrenant à la suite, sans ordre strict et globalement classés par thèmes : la trame en demeure donc plus disponible, elle peut capter l’incident et l’aparté. p.75

Vie « flottante », instable, évanescente, où tout ne cesse de passer et d’être emporté. Or, l’intime n’est-il pas ce qui seul peut modestement (minimalement) se retenir de tout ce glissement ? p.77

De la vie « flottante » (fu sheng 盛福), dt Shen Fu, ne gardons que ce qu’on jugerait d’abord inessentiel , puisque c’est seulement dans ces alvéoles creusées par le quotidien, au creux de ces petits faits, que se retient du vécu : cet émotionnel si furtif, si fugitif, à tout le moins, n’est pas factice. p.78

François Jullien
De l’intime, loin du bruyant Amour
Grasset an 2013

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Dance


Par Raphaël pour la Master classe Danse.

Après, avec Matthieu, Thibaud, Chloé, et Hélène et Jeanne on a fini au Caveau pour Dancer.

Pour parler avec nos corps, pas besoin de mots,
Histoire d’être ensemble
Histoire de se dire « au revoir »
C’était bien.

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Geste inouï commis à deux

2013-09-12 12.25.03

Car un geste intime ne peut se faire seul : il implique en effet un « Autre », exige qu’on soit deux. Pas plus qu’on ne peut être intime avec soi-même, on ne peut faire un geste intime sur soi (on peut toucher ses « parties intimes », mais le geste pour autant n’est pas intime) ; et, même si c’est moi seul qui prends sa main, ce geste, quand il est intime (c’est même à quoi on voit qu’il est intime), est commis à deux.
Aussi, même s’il paraît habituel, banal, voire est de tous les instants, un geste intime est « inouï ». Même si l’on ne s’en rend pas compte ou qu’on n’y prête pas attention, il constitue toujours, en tant que tel, un événement : un geste intime est toujours neuf, ne s’use pas, ou alors il n’est plus intime, n’étant plus efficace. Il est même l’anticipateur de la liaison : avant que l’intimité ne soit déclarée, il sert de prodrome et de déclencheur ; tant que la situation (la relation) n’est pas tirée au clair, il est même stratégiquement conatif. Souvent l’intimité du geste a précédé la parole. Phrase de roman : « alors il lui prit la main, puis il lui dit… ». Non seulement il anticipe, mais de plus précipite : c’est lui qui tranche d’un coup les possibles, met fin à l’incertain, sort de l’atermoiement et fait basculer soudain dans ce dedans partagé. Geste décisif s’il en est : cet événement qu’il crée, plus rien ne le referme et ne l’effacera, plus rien ne pourra faire qu’il n’ait pas objectivement été, même s’il est renié – il emporte avec lui la vie entière. p.47-48

François Jullien
De l’intime, loin du bruyant Amour
Grasset an 2013

2013-09-12 14.45.10

 

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Au pied qui court

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Revoir.
Déjà vu.
Il n’y a pas longtemps.
Un samedi 23 mars à Grande Plage.

Je me souvenais bien de ce léger ralenti, des jeunes filles marchant, flottant sur des rochers.
Du bleu du ciel.
Du rouge des robes.
Des pieds qui marchent, qui dansent.
Je me souviens bien.

« Tutuguri – Tarahumaras a été tourné l’été 1979. Il répète le rite du Tutuguri que Tranquilino, le saweame a chanté et dansé six fois, dans un temps bref, rigoureusement précis (1 minute 45 secondes). »

« Paroles secrètes dont seules émergent les voyelles, la danse construit un espace sacré entre les quatre points cardinaux d’une croix, signe noir et païen. Rite solaire et natif, antérieur à la conquête espagnole.
Le montage, ici, construit d’un seul plan les deux pôles du temps réel et d’un espace-temps dilaté, à partir d’un double matériau : Tutuguri et Carreras (courses d’hommes, dites «de bola», et de femmes, dites «de aro» spécifiques au peuple Tarahumara, que l’étymologie déclare « au pied qui court ». »

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(Re)prise 2

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Cette silhouette, disait, sans plus d’à-propos, Eulalie Cyméa, qui n’est ni l’auteur ni l’oeuvre, qui est entre l’auteur et l’oeuvre… p.184

Ah : et c’est un monde.
(Ah ! Ah !)
C’est la capacité du roman à faire un monde.
Un monde-Stendhal, un monde-Flaubert, un monde-Dostoïevski, un monde-James, un monde-Proust, un monde-Joyce, un monde-Faulkner. p.186

C’est comme qui se propose de prendre un bain dans un lac de montagne : celui-là souhaite prendre ce bain – ou, plus précisément, s’il ressemble à notre auteur, si bien que la relation avec le temps n’est pas la même : le meilleur moment, selon notre auteur, dans le cas du bain dans un lac de montagne, c’est lorsque le corps se réchauffe, que la circulation revient, il y a une sorte d’exaltation physique ; s’agissant du texte, il n’y a pas d’après -, il souhaite l’avoir pris ; un autre, pourtant, et meilleur terme pour la comparaison, tel qu’il trouve, dans l’eau même, plus de plaisir que de souffrance (ou qui, à la souffrance, trouve plus de plaisir), peut, l’instant d’avant, encore sur la berge, n’en pas moins redouter le froid, qui va se refermer sur lui.

– Un lac de montagne, a dit Ibrahim, a dit Archambaud Blot, ou ne serait-ce que la rivière en septembre.
– En octobre, Ibrahim, ai-je dit, a dit Isham. p.190

Danielle Mémoire
Prunus spinosa
P.O.L an 2006

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(Re)prise

Passé – Présent – Futur

Un an, jour pour jour, d’arrêt du Live.

Mais je me mets à jour.

Aussi, tout ce qui sera AVANT ce billet ne sera que de l’archivage à rebours.

S’écrire au présent mais à partir des souvenirs… et forcément depuis
l’après-coup, change la donne.

L’archivage sera chronologique, mais pas l’écriture.

Il va falloir fouiller dans l’agenda, les carnets, les souvenirs.

Prendre le temps. Il y a du travail.

Dans cet espace temps je m’autorise à y revenir, rectifier, rajouter, préciser.

Ce que je m’interdisais avant.

Le sentiment malgré tout que, la fulgurance des liens, leur évidence souvent, ne peut se fait que au jour le jour. Prendre soin de ce qui (nous) arrive, les détails, les hasards, les synchronicités, pour scruter le réel pour de la fiction, ne pourrait se faire qu’en temps direct.

« Si j’étais écrivain et mort, comme j’aimerais que ma vie se réduisît, par les soins d’un biographe amical et désinvolte, à quelques détails, à quelques goûts, à quelques inflexions, disons des « biographèmes » dont la distinction et la mobilité pourraient voyager hors de tout destin et venir toucher, à la manière des atomes épicuriens, quelque corps futur, promis à la même dispersion ; une vie « trouée »… » Roland Barthes – Le biographique sans la biographie

« Préférer la puissance évocatrice des détails et les affinités électives des rapprochements à la complétude narrative et à la vérité historique. »

Nos « biographèmes » tiennent-ils après-coup ? à suivre donc…

« Comment ne pas raconter après coup ? Ainsi il faudrait penser que rien ne sera jamais exprimé pour de bon, restitué dans son devenir anonyme, que personne ne pourra jamais rendre le bredouillement de l’instant qui naît ; on se demande pourquoi, sortis du chaos, nous ne pourrons jamais être en contact avec lui : à peine avons-nous regardé que l’ordre naît sous son regard… et la forme. » p.33 – Cosmos – Witold Gombrowicz – Editions Denoël an 1966

Je reprends ce jour mon live.

 

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Échappée Belle

2013-09-03 14.58.51

Champ

2013-09-03 14.58.15

Contre-champ

2013-09-03 14.50.32

Aujourd’hui avec Zelda on s’est fait une échappée belle, juste avant sa troisième.

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