Du Tempo lent 2

« On lit lentement la Bible à chaque repas au point de vous faire manquer le train, si l’on part ce soir là. » Cette lenteur de la lecture fonctionnera comme un biographème tenace. On la retrouve caractérisée à propos de la lecture de Bataille par Lucette Finas en 1977, dans un texte précisément intitulé : « Question de tempo » : « La lenteur acharnée, l’insistance soutenue, la conjonction d’une « vigilance mobile » et d’un « retard… qui confine à la fixation » produisent un effet de fascination. » On la rencontre aussi dans l’évocation de la marche définie comme « pénétration lente et comme rythmée du paysage » ainsi que dans sa relation au piano. Introduisant des syncopes, des durées improbables, Barthes évoque son tempo trop lent en généralisant cette invitation au ralentissement. p.88

Roland Barthes
Tiphaine Samoyault
Editions du Seuil, an 2015

 

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Sentir ainsi la vie toute nue

05082015
Lumière, cadre, décor, personnages, dialogues
Mer déchaînée, vent tiède
Sud-Ouest
Vacances
Drapeau Rouge
Qu’est-ce qu’elle peut bien lui raconter ?
Je ne sais plus.

J’ai regardé vers la vallée, là, où je savais d’autres hommes, où je devinais le miracle des corps et des regards. Comment te dire cette substance poudrée, cette lumière pondéreuse qui ensommeillait de bleu le plat de la vallée ? Je t’ai dit il faisait chaud ; un vent tiède à l’envers frais comme une soie, vous enivrait, vous faisait passer dans l’âme tous les été d’autrefois, ceux où j’étais enfant, grattant du gravier au pied des massifs d’hortensias dans le jardin de Bayonne, ceux où j’étais jeune homme, la gorge sèche d’amour, absolument corps et âme, enseveli dans une aventure (je mets dans ce mot un sérieux terrible). Dans le fond de ma chambre, un quatuor jouait doucement. […] Je ne sais si des vivants — j’entends non malades, car maintenant, je ne suis que demi-vivant — peuvent sentir ainsi la vie toute nue, toute palpitante si tu veux, sans qu’il soit besoin d’action ou d’amour pour le préciser, pour le manifester. Un fauteuil, une fenêtre, une vallée, de la musique, et c’était le bonheur, la vie m’entrait partout, sans que je fisse un mouvement : mes sens immobiles me suffisaient. Et il semble qu’à se tenir tapis, par force, à cause, de la maladie — ils effarouchaient moins la vie et qu’elle venait à eux en confiance, avec toutes ses traînes, sa pompe, la beauté intime de son essence, peut-être invisible pour ceux moins frêles, plus forts, qui font un mouvement pour le saisir. p.187
Roland Barthes — Lettres à Philippe Rebeyrol, 22 mai 1942

Roland Barthes
Tiphaine Samoyault
Editions du Seuil, an 2015

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Comme une mer vitale

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— Lessing, reprit Stephen, n’aurait pas dû prendre pour sujet un groupe de sculpture. Cet art, étant inférieur, ne montre pas distinctes entre elles les formes dont je parlais. Même dans la littérature, qui est l’art le plus élevé et le plus spirituel, ces formes se confondent souvent. La forme lyrique est, de fait, le plus simple vêtement verbal d’un instant d’émotion, un cri rythmique, pareil à ceux qui jadis excitaient l’homme tirant sur l’aviron ou roulant des pierres vers le haut d’une pente. Celui qui profère ce cri est plus conscient de l’instant d’émotion que de soi-même en train d’éprouver cette émotion. La forme épique la plus simple émerge de la littérature lyrique lorsque l’artiste s’attarde et insiste sur lui-même comme sur le centre d’un événement épique ; cette forme progresse jusqu’au moment où le centre de gravité émotionnelle se trouve équidistant de l’artiste et des autres. Le récit, dès lors, cesse d’être purement personnel. La personnalité de l’artiste passe dans son récit, fluant interminablement autour des personnages et de l’action, comme une mer vitale. Tu peux constater facilement cette progression dans la vieille ballade anglaise, Turpin Hero, qui commence à la première personne et finit à la troisième. On atteint la forme dramatique lorsque la vitalité, qui avait flué et tourbillonné autour des personnages, remplit chacun de ces personnages avec une force telle que cet homme ou cette femme en reçoit une vie esthétique propre et intangible. La personnalité de l’artiste, d’abord cri, cadence, ou état d’âme, puis récit fluide et miroitant, se subtilise enfin jusqu’à perdre son existence, et, pour ainsi dire, s’impersonnalise. L’image esthétique exprimée dramatiquement, c’est la vie purifiée dans l’imagination humaine et reprojetée par celle-ci. Le mystère de la création esthétique comme celui de la création matérielle, est accompli. L’artiste, comme le Dieu de la création, reste à l’intérieur, ou derrière, ou au-delà, ou au-dessus de son œuvre, invisible, subtilisé, hors de l’existence, indifférent, en train de se limer les ongles. p.311-312
Portrait de l’artiste en jeune homme
James Joyce
Éditions Gallimard an 1992

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Forme lyrique — Forme épique — Forme dramatique

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« Ce que je viens de dire, reprit-il, a trait à la beauté dans la plus vaste acceptation du mot, dans le sens que confère à ce mot la tradition littéraire. Sur la place publique, ce mot a une toute autre signification. Si nous parlons de la beauté en prêtant à ce terme cette autre signification, notre jugement subit d’abord l’influence de l’art lui-même, et celle de la forme de cet art. L’image cela va sans dire, doit être placée entre l’esprit ou les sens de l’artiste et l’esprit ou les sens des autres. Si tu gardes ceci à l’esprit, tu remarqueras que l’art se divise nécessairement en trois formes, chacune en progrès sur la précédente. Ce sont : la forme lyrique, où l’artiste présente son image dans un rapport immédiat avec lui-même ; la forme épique, où il présente son image dans un rapport médiat entre lui-même et les autres ; la forme dramatique, où il présente son image dans un rapport immédiat avec les autres. p.310
Portrait de l’artiste en jeune homme
James Joyce
Éditions Gallimard an 1992

[J’aime à bégayer avec mes images aussi]

https://fr.wiktionary.org/wiki/aimer_%C3%A0
aimer à \e.meʁ‿a\

(Toujours suivi d’un infinitif) Prendre plaisir à quelque chose.
Aimer à jouer, à chasser, à se promener.
Aimer à lire, à travailler.
J’aime à voir comme vous vous conduisez avec lui.
Il aime à être flatté, caressé.
Cet animal aime à courir.
Cet arbuste aime à être arrosé, etc.

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Recours aux forêts 2

foretelle

j’ai connu une Lodie Champetiers de Ribes qu’on appelait Élodie, c’est vrai qu’elle ressemble un peu à ma sœur mais pour les fous rires elle atteint pas ma sœur à la cheville et pour les galopades elle atteint pas ma sœur à la cheville, ma mère disait de moi Tu es la fatigabilité l’or même de la fatigue, elle ajoutait Tu es celui qui jamais ne casse ne se rompt, Celui, disait ma mère, ça ne m’a pas échappé

celui qui jamais ne se casse, la géographie, Delphine, les forêts, la route Ron et la mer Méditerranée, Élodie ses chiens, Vinz Petit O Besançon Ovide et Gertrude Stein. Le corps dans le salon, dans quelle position était-il ? J’ai tracé sur les briquettes le contour d’un corps allongé p.103-104

Sanza Lettere
(road movie)
Marie Cosnay
Éditions de l’Attente, an 2015

[La lune est pleine ce soir]

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En réalité

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en réalité je n’ai pas besoin de cette saison de ciels aux peaux ténues, en réalité je n’ai besoin de rien pour m’aider à faire un balluchon rapide, ouvrir la porte du garage, tirer le portail rouillée, faire démarrer la Peugeot rouge que Delphine m’a prêtée, tout quitter dans le vrombissement ou plutôt tout voir venir, recevoir

les images prennent les yeux, les capturent, les images cueillent les yeux, les reçoivent ou les recueillent comme les fruits sont les yeux, cueillis bien cueillis par les peaux détachées des choses, les images. L’image attrape. L’œil on le voit pris, attrapé par l’image. J’ai pris mon sac à dos, au majeur gauche la bague bleue au liseré d’émail doré, la Peugeot a démarré en direction de l’A3 p.10

Sanza Lettere
(road movie)
Marie Cosnay
Éditions de l’Attente, an 2015

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L’image de la jeune fille

Une jeune fille se tenait devant lui, debout dans le mitan du ruisseau —, seule et tranquille, regardant vers le large. On eût dit un être à qui la magie avait donné la ressemblance d’un oiseau de mer, étrange et beau. Ses jambes nues, longues et fines, étaient délicates comme celles d’une grue, et immaculées, sauf à l’endroit où un ruban d’algue couleur d’émeraude avait dessiné un signe sur la chair. Ses cuisses plus pleines, nuancées comme l’ivoire, étaient découvertes presque jusqu’aux hanches, où les volants blancs du pantalon figuraient le duvet d’un plumage flou et blanc. Ses jupes bleu ardoise, crânement retroussées jusqu’à la taille retombaient par-derrière en queue de pigeon ; sa poitrine était pareille à celle d’un oiseau, tendre et menue, menue et tendre comme la gorge de quelque tourterelle aux sombres plumes ; mais ses longs cheveux blonds étaient ceux d’une enfant, et virginal, et touché par le miracle de la beauté mortelle était son visage.
Elle était là, seule et tranquille, regardant vers le large ; puis lorsqu’elle eut senti la présence de Stephen et son regard d’adoration, ses yeux se tournèrent vers lui, subissant ce regard d’adoration, ses yeux se tournèrent vers lui, subissant ce regard avec calme, sans honte et impudeur. Longtemps, longtemps elle le subit ainsi, puis, calme, détourna ses yeux de ceux de Stephen et les abaissa vers le ruisseau, remuant l’eau de-ci, de-là, doucement, du bout de son pied. Le premier clapotis léger de l’eau remuée rompit le silence, doux et timide, et murmurant, timide comme les clochettes de sommeil ; de-ci, de-là, de-ci, de-là : et une rougeur timide palpitait sur sa joue.
« Dieu du ciel ! » cria l’âme de Stephen dans une explosion de joie profane.
Il se détourna d’elle brusquement et s’en fut à travers la grève. Ses joues brûlaient ; son corps était un brasier, un tremblement agitait ses membres. Il s’en fut à grands pas, toujours plus loin, par-delà les sables, chantant un hymne sauvage à la mer, criant pour saluer l’avènement de la vie qui avait crié vers lui.
L’image de la jeune fille était entrée dans son âme à jamais, et nulle parole n’avait rompu le silence sacré de son extase. Ses yeux à elle l’avaient appelé et son âme avait bondi à l’appel. Vivre, s’égarer, tomber, lui était apparu, l’ange de la jeunesse et de beauté mortelles, ambassadeur des cours splendides de la barrières de toutes les voies d’égarement et de gloire.
En avant ! En avant ! En avant ! p. 255-257
Portrait de l’artiste en jeune homme
James Joyce
Éditions Gallimard an 1992

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Ending Caméra 3

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Ending Caméra 2

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Ending Caméra 1

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Je croyais que je n’aimais pas Visconti

rome2

famille
mari

sommeil
sommeil2
Certes, je savais que j’aimais Mort à Venise mais je croyais que c’était tout.
Je suis tombée par hasard sur Violence et Passion.
Pour quoi j’ai eu envie de voir ou revoir ?
J’ai vu et bien vu.
J’ai reçu.
Des liens évident avec des choses vues, entendues, comprises, il n’y a pas longtemps.
Un film testamentaire.
Un film, un homme, plus libre ?

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Blissfully Yours

blissfullyyours

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Promenade nouvelle ?

arbre
bassin

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Animal

Capture d’écran 2015-07-15 à 18.37.54

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Hétérotopie

cosmos
Cosmos plein chant.

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