Décision


Le commissaire Adamsberg et l’ex-lieutenant Louis Veyrenc de Bilhc, issus de deux villages voisins des Pyrénées, avaient en commun une sorte de tranquillité détachée, assez déroutante. Elle pouvait présenter chez Adamsberg tous les signes d’une inattention et d’une indifférence choquantes. Chez Veyrenc, ce détachement générait des éloignements inexpliqués, une obstination opiniâtre, parfois massive et silencieuse, éventuellement ponctué de colères. « C’est la vieille montagne qui a fait cela », disait Adamsberg sans chercher d’autre justification. La vieille montagne ne peut pas cracher de graminées amusantes et folâtres comme le font les herbes mouvantes des grandes prairies.
On sort, dit Adamsberg en payant soudain leur déjeuner, la petite femme va s’en aller. Regarde, elle se décourage, l’hésitation la gagne.
– Moi aussi j’hésite dit Veyrenc en avalant son café d’un trait. Mais moi, tu ne m’aides pas.
– Non.
– Très bien. Ainsi va l’hésitant, de méandres en détours, /Seul et sans qu’une main vienne porter secours.
– On connait toujours sa décision bien avant de la prendre. Depuis le tout début en fait. C’est pour cela que les conseils ne servent à rien. Sauf à te répéter que tes versifications irritent le commandant Danglard. Il n’aime pas qu’on massacre l’art poétique. p.18-19

Fred Vargas
L’armée furieuse
Éditions Viviane Hamy, an 2011

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